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Se relever

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Parfois quand tout se met à se déliter autour de soi, il faut se recentrer, prendre le temps de respirer, et s’autoriser à être faible. Pleurer un bon coup, hurler, être en colère, quelques instants.

Aujourd’hui, je suis en colère. Je repense à une conversation à sens unique, ou plutôt une logorrhée que j’ai du affronter y’a quelques mois, qui sur le coup m’a tellement atteinte qu’elle m’a précipitée vers un endroit que je connais trop, et que je n’aime guère côtoyer, qu’on pourrait nommer de manière peu poétique : le fond du trou.

Le problème avec ces dix dernières années, c’est que globalement, à chaque fois que je commence à croire que je suis au bout du tunnel, que tout va bien aller, que les choses vont se tasser, que je gagne en force et que cette fois-ci, tout va bien se passer, il y a un truc qui vient me donner un bon coup sur la tête pour me précipiter là-bas, où la lumière n’existe pas.

Et j’ai envie de dire, ça commence à bien faire. Vraiment quoi. Si l’univers m’entend, je dis stop. Juste stop. STOP. Cette fois-ci, il est hors de question que je me laisse abattre durablement, je serais maîtresse de mon destin, même si ça prendra sûrement du temps, mais je ne vais pas me laisser enterrer. Hors de question. J’ai la rage au ventre, et honnêtement, je sais qu’elle est parfois un carburant très efficace. Mieux vaut être en colère que triste. Mieux vaut bouillir, avoir de l’énergie qui sue par tous les pores de notre être plutôt que de se sentir abattu.

Alors, oui, j’ai envie de hurler, de pleurer, de me dire que merde, j’aimerais tellement, tellement que cet espèce de poids familial s’en aille, que j’en ai vraiment, mais vraiment assez d’être un support et que j’aimerais plutôt qu’on me supporte, mais, au final, je sais que j’ai des racines profondes.

Alors oui, peut être, que pour cette personne à laquelle je pense, je suis quelqu’un qui n’agit pas, mais je sais au fond de moi même que sans moi, certaines personnes n’iraient pas bien, que j’ai essuyé bien des larmes, écouté bien des soucis, et qu’au fond, je suis quelqu’un de bien.

C’est tellement facile de ne pas s’en prendre aux bonnes personnes.Tellement facile de ne pas voir plus loin que le bout de son nez. Tellement facile de s’embourber dans un égoïsme de personne qui pense tout savoir.

Ben vous savez quoi? Ces gens là ne savent rien.

Quant à moi, comme toujours, je me relèverais, sans doute encore plus forte. Faudra juste pas s’étonner que je ferme certaines portes.

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Le temps, rien que le temps.

J’étais en train de relire Mange, prie, aime, (qui est un bon livre, contrairement au film qui est moyen) dans mon bain, en buvant du thé noir, quand un échange entre deux personnages est venu me frapper en pleine figure, comme une espèce de révélation.

Ce qu’il faut savoir avec moi, c’est que si je suis assez forte pour aider les autres, décrypter les sentiments, analyser, décortiquer, je suis absolument nulle avec moi-même. Je sais dire que quelqu’un est amoureux avant que la personne ne le sache elle-même, mais chez moi, les sentiments sont enfouis sous des nappes de brouillard.

Donc, voici l’échange en question :

« S’il te plait, ne te fiche pas de moi – mais tu vois, je crois que si j’ai tant de mal à oublier ce type, c’est parce que je croyais sérieusement que David était mon âme sœur.

-Il l’était,probablement. Ton problème, c’est que tu ne comprends pas la signification de ces mots. Les gens pensent qu’une âme sœur est leur association parfaite et tout le monde lui court après. En fait, l’âme sœur, la vraie, est un miroir, c’est la personne qui te montre tout ce qui t’entrave, qui t’amène à te contempler toi-même afin que tu puisses changer des choses dans ta vie. […] L’âme sœur, elle ne débarque dans ta vie que pour te révéler une autre strate de toi même et ensuite elle se casse. »

Lire ça a un peu apaisé l’espèce de crainte horrible que j’ai de ne plus jamais aimer. Même si je sais parfaitement que c’est faux, puisqu’il y a différents degrés d’amour, et que dieu merci, j’aime encore terriblement mes amis et ma famille, je ne peux pas m’empêcher de penser que j’ai aimé, que je n’aime plus (ouf), et que je n’aimerais plus.

Pire, j’ai peur d’aimer. Je me suis claquemurée derrière d’épaisses protections, dans un espèce de donjon, histoire de bien être sûre de ne plus me perdre, de ne plus souffrir.

Du coup, les derniers hommes que j’ai pu rencontrer, au demeurant charmants, bien que compliqués (mais ça, c’est ma malédiction, il me faudrait quelqu’un de simple et je n’attire que les gens qui ont des nœuds dans la tête),ont eu beau tout faire, je suis restée de marbre. Je sais désirer, je sais être amicale, attentionnée, inquiète,mais je ne sais plus me donner. J’aurais bien aimé pourtant, histoire de me prouver quelque chose, mais non. J’ai été à l’origine de la fin de chaque histoire, sans vraiment de scrupules, ce qui ne me ressemble absolument pas.

Même si je suis amoureuse de l’idée d’aimer, que je suis une romantique dans l’âme, malgré le vernis cynique dont j’aime parfois à me parer (sans faire illusion, je le crains), au fond, je n’ai de l’amour qu’une vision débilitante. Bien sûr, c’est beau, on sent transcendé, mais moi, en amour, je m’oublie. Je m’efface derrière l’autre, et je finis par me perdre. Ais-je envie de devenir une femme qui idolâtre son compagnon, qui ne vit que pour lui, et qui ne sait pas quoi faire quand il n’est pas dans les parages? Non.

Moi, je veux être libre. J’aimerais être capable d’aimer autant l’autre que moi-même.

Peut être que pour aimer, un jour, je dois me réparer. Me réconcilier avec moi-même, durablement.

Je n’en sais rien. Mais au fond, je suis sûre que la vie saura me donner la réponse toute seule.